
Clair Ether, L’Ange foudroyant, huile sur toile, 1,50m x 1,20m, Cossanges, 2020
Introduction : L’œuvre témoignage
Cette huile sur toile de grand format, L’Ange foudroyant (1,50 m ×1,20 m), n’est pas seulement une exploration chromatique de l’abstrait lyrique ; elle est un acte de survie et une transcription énergétique. Réalisée en seulement deux heures, dans un état de transe extatique et dansante, cette toile a jailli quelques jours après une opération vitale et une série d’Expériences de Mort Imminente (EMI), portée par une immense gratitude d’être en vie. L’urgence et la puissance du geste témoignent d’une communication directe avec le numineux et les forces de guérison.
L’analyse picturale, esthétique et symbolique de cette œuvre vise à décoder la grammaire de cette lumière et de ce mouvement.
La question à élucider est la suivante : comment l’état de conscience modifié post-traumatique, nourri par la transe et l’EMI, se manifeste-t-il picturalement, et quelle est la nature profonde de cette énergie jaune qui semble à la fois descendre du Ciel et jaillir du corps de l’ange ?
1. Analyse picturale et formelle
A. Matière et technique
Technique : Huile sur toile.
Matière : L’utilisation de l’huile permet des effets de matière et de texture palpables, notamment au centre où le jaune semble empâté et travaillé en relief, renforçant l’impression d’énergie brute.
Trait/Pinceau : Le coup de pinceau est majoritairement dynamique et gestuel, suggérant une grande rapidité et une projection de la couleur, en particulier dans les «rayons» supérieurs. Il y a peu de lignes définies, privilégiant les larges aplats et les traînées.
B. Couleurs et Lumière
Chromatisme : Le tableau est dominé par un contraste puissant entre deux zones :
Le Centre / Haut : Un jaune éclatant, presque fluorescent, qui irradie. Cette couleur est associée au feu, à l’énergie, à l’or ou à la lumière divine.
Le Bas / Périphérie : Une palette de bleus froids (turquoise, azur, outremer) et de violets profonds, qui contrastent fortement. Le bleu peut évoquer l’eau, le ciel (avant ou après l’éclair), ou le royaume terrestre/humain.
Lumière : La lumière n’est pas extérieure ; elle émane du centre jaune, agissant comme une source d’énergie incandescente qui s’étend vers les bords, éclairant les zones adjacentes et créant l’effet de «foudre» ou d’explosion.
2. Analyse Esthétique et Composition
A. Composition et Mouvement
Structure : La composition est radiale et centrale. Le regard est immédiatement attiré par le foyer jaune, point d’impact ou de jaillissement.
Dynamique : L’œuvre est saturée d’un double mouvement expressif et rapide.
Mouvement descendant (le «foudroiement» de l’Ange / le Phénix : La forme centrale en V, pyramide inversée) : Les traînées jaunes et les éclairs bleus/violets convergent vers le bas, suggérant la chute, l’impact ou la descente d’une force. La petite forme en crochet sombre à la base du jaune suggère une tête d’oiseau ou de rapace plongeante.
Mouvement ascendant ou flamme donne une impression d’ascension ou d’envol.
Contraste Formel : Le contraste entre la régularité chaotique des «rayons» supérieurs et les larges vagues plus calmes (bien que turbulentes) de la zone bleue inférieure crée une tension entre les mondes.
3. Analyse Symbolique et Thématique
Le titre « L’Ange foudroyant » oriente l’interprétation vers des thèmes spirituels, mythologiques et psychologiques.
A. Le Symbole de l’Ange et du Foudroiement
L’ange : l’ange n’est pas représenté de manière figurative (pas de corps ni de plumes traditionnelles), mais comme une force pure, une entité lumineuse. Le jaune ardent est l’incarnation visuelle de l’esprit, de l’énergie divine, ou du Verbe. l’ange est ici une manifestation de puissance plutôt qu’une figure humaine ailée.
Le Foudroiement : symboliquement, la foudre ou le foudroiement représente :
Révélation/Éveil : une illumination soudaine, une vérité violente et inattendue qui bouleverse l’ordre établi.
Destruction créatrice : un passage obligé par la destruction (le feu purificateur) pour permettre une nouvelle naissance (similaire au mythe du Phénix, dont la forme peut rappeler la figure centrale).
Intervention divine : une irruption de l’ordre cosmique (jaune) dans l’ordre psychique (bleu).
B. L’interprétation des couleurs
Jaune (or/lumière) : le divin, la conscience pure, l’énergie Kundalini (si l’on se réfère à mes thèmes de conférence), la transcendance. C’est le monde du Ciel ou de l’Idée.
Blanc : la pureté absolue, l’unité originelle, la totalité et l’achèvement. Dans ce contexte de foudroiement, il symbolise l’éclat maximum de la vérité ou de l’énergie divine, le point de fusion ou de non-couleur.
Bleu (eau/ciel) : le monde de l’immatériel, métaphysique, la conscience. C’est le plan que l’Ange traverse.
Violet/pourpre : le plus souvent interprétée comme couleur de la spiritualité, de la mystique ou de la transition. Placé entre le jaune et le bleu, il symbolise le passage, le seuil entre les deux états de conscience.
C. Lecture psychologique
L’œuvre exprime une expérience intérieure intense, où une force (l’ange/l’énergie divine) déchire le voile de la conscience ordinaire (le bleu) par une explosion de lumière. Elle illustre la thématique de l’éveil spirituel où la conscience est brusquement dilatée et transformée par une occurrence foudroyante.
D. Analyse mystique et expérientielle
D’un point de vue mystique et des traditions ésotériques, « L’Ange foudroyant » peut être lu comme la représentation d’une expérience intérieure transformative et non d’un événement externe ou d’une simple allégorie.
1. La descente de l’énergie Kundalini et l’illumination
L’aspect le plus frappant est la figure centrale en forme de flamme jaune. Elle évoque la montée de l’énergie Kundalini : non comme une ascension, mais comme une descente d’énergie pure (Shakti pat), s’alignant avec le terme « foudroyant » (venant du ciel) :
Le foudroiement d’en haut (Shakti pat) : le jaune ardent et pulsatif représente l’énergie de la conscience cosmique (la Shakti divine) qui descend d’un plan supérieur (l’Ange). Le mouvement des traînées jaune doré, fendant les couleurs périphériques, symbolise l’irruption violente et soudaine de l’énergie divine dans le système énergétique de l’individu.
L’impact sur la conscience (Ajna/Sahasrara) : la zone d’impact principale est le haut du tableau (le plan du subtil). La rencontre explosive entre l’énergie jaune (la Shakti descendante) et les couleurs bleues/violettes (souvent associées aux chakras supérieurs, Ajna ou Sahasrara) représente la percée ou l’ouverture forcée de ces centres par la charge cosmique. Le « foudroiement » est la sensation de choc vibratoire intense lorsque cette énergie s’ancre dans le corps subtil.
La matrice de Lumière : l’énergie jaune n’est pas seulement de la lumière, elle est le corps de lumière ou corps adamantin qui est déployé ou ancré par cette descente. Cette intervention spirituelle transforme la conscience ordinaire (le bleu) en un état de Gnosis (connaissance directe), opérant une reprogrammation du système énergétique par le haut.
2. L’irruption de l’absolu (le numinous)
Le tableau illustre l’expérience du numineux (numinous), terme développé par Rudolf Otto[1] pour décrire l’expérience du sacré :
Mysterium Tremendum et Fascinans : la scène est à la fois terrifiante et fascinante. La force foudroyante (le tremendum, l’aspect terrifiant et écrasant de l’Absolu) déchire le voile de la réalité. Simultanément, la lumière jaune (le fascinans, l’aspect captivant et séduisant du Divin) attire irrésistiblement l’œil et l’esprit.
L’Union Mystique (l’Unio Mystica) : l’acte de foudroiement est l’instant de la dissolution de l’ego et de l’union de l’âme individuelle (le bleu) avec l’énergie universelle/divine (le jaune). Le bleu et le jaune ne font qu’un dans l’éclair, suggérant un moment d’expérience extatique où la dualité disparaît.
4. Le foudroiement comme initiation chamanique
En lien avec le chamanisme (l’un de mes thèmes de prédilection), le tableau peut illustrer non pas un événement religieux au sens dogmatique, mais une transformation initiatique vécue dans un état altéré de conscience (transe) – une résonance directe avec votre propre expérience de création et de survie.
a. La montée au Ciel et la vocation par l’éclair
Le mouvement et la lumière du tableau sont l’image même de la vocation chamanique par le Ciel :
Le foudroiement initiatique : Dans de nombreuses traditions sibériennes ou amérindiennes, le futur chaman est souvent frappé par la foudre ou symboliquement « foudroyé » par un esprit du Ciel (un ange, un aigle, ou un esprit céleste). Ce foudroiement est un signe de l’élection divine qui déchire le corps physique (la mort symbolique), permettant à l’âme de s’élever.
Le voyage céleste (manière forte) : ta transe chamanique permet le « voyage céleste » pour acquérir des connaissances. La puissance du jaune peut représenter l’expérience du chaman qui « s’approche du Trône » (la source de la lumière divine) dans la transe, où le monde est réduit à l’énergie pure, aux formes archétypales.
b. Le démembrement et la renaissance par le feu
L’intensité du tableau correspond à la phase la plus critique de l’initiation, celle de la « maladie chamanique » (cancer, opération, EMI) :
Destruction purificatrice : le feu jaune n’est pas seulement un éclair, c’est aussi un feu intérieur ou un feu purificateur. Dans le mythe initiatique, le corps du chaman est souvent démembré par les esprits, ses os nettoyés et sa chair remplacée par une nouvelle matière (souvent de la lumière ou des pierres magiques). La force du jaune, fendant le corps (le bleu), représente cette destruction créatrice nécessaire.
La Nouvelle Âme : La survie post-opératoire et l’énergie créatrice que vous avez ressentie sont l’aboutissement de cette épreuve : la renaissance avec une conscience renouvelée. La descente de cette lumière divine (ou du double spirituel) installe dans l’être un pouvoir accru, une puissance de guérison qui transcende la simple physique. L’artiste devient ainsi un guérisseur voyant qui utilise le pinceau comme un instrument pour ancrer cette connaissance transcendante.
c. L’Ange comme Double Spirituel et Source de Guérison
L’Ange / Esprit Guide : l’Ange peut être lu comme le double spirituel du chaman ou son esprit guide principal (Ayami en sibérien), qui descend avec une connaissance transcendante et l’énergie nécessaire à la guérison.
La vision de l’Âme : l’expérience des EMI et la transe sont des moments où l’âme se détache et « voit ». Cette toile est le témoignage figuré de cette vision de l’âme, capturant la densité et la couleur de l’énergie de l’éther (le jaune et le blanc) que l’on perçoit lors de l’abandon du corps physique.
La montée au Ciel : le chaman utilise la transe pour effectuer un voyage céleste. Le foudroiement est souvent un motif initiatique ou le signe que le chaman a été choisi ou frappé par les esprits supérieurs.
L’expérience de l’âme : l’Ange peut être lu comme le double spirituel du chaman ou son esprit guide, qui descend avec une connaissance transcendante et une puissance de guérison (le feu purificateur).
Conclusion : l’ancrage de la Lumière
L’analyse de L’Ange foudroyant révèle la convergence parfaite entre des événements de ma vie et la symbolique universelle. L’énergie jaune n’est ni purement une ascension (Kundalini), ni une simple descente (Shakti pat), mais l’expression de la force de vie brute, la Lumière de l’Éther qui s’est manifestée lors de mes EMI et qui ancre le corps dans l’existence. La création en transe est le témoignage visuel d’un pont établi entre la conscience ordinaire et l’Absolu. Si le foudroiement est la grâce qui a permis cette guérison et ce renouvellement. L’œuvre est une transfiguration : la transformation du traumatisme en force créatrice et la célébration de la survie.
Si la toile est l’empreinte d’une conscience réalignée par l’EMI et la transe, on peut alors se poser la question suivante : quel rôle cet art, né de l’expérience limite, est-il destiné à jouer dans le processus de guérison et d’éveil de la conscience collective ?
[1] Le concept de numineux (ou numinosum) a été introduit et développé par le théologien et philosophe allemand Rudolf Otto (1869-1937) dans son œuvre majeure : Le Sacré – L’élément non rationnel dans l’idée du divin et sa relation avec le rationnel, 1917 (première édition allemande).
Dans cet ouvrage, Otto cherche à isoler l’élément irrationnel et fondamental de l’expérience religieuse, qu’il estime irréductible aux concepts éthiques ou rationnels (le ‘sacré’ au sens moral ou doctrinal). Le terme « numineux », dérivé du latin numen (la puissance agissante de la divinité), est utilisé par Otto pour qualifier cette sphère non rationnelle du sacré.
Il décrit le numineux comme un « Mysterium Tremendum et Fascinans » :
Mysterium Tremendum : L’aspect terrifiant, impressionnant (tremendum), qui engendre une peur révérencielle et un sentiment de la nullité de la créature face au Tout Autre (Wholly Other).
Mysterium Fascinans : L’aspect fascinant (fascinans), qui attire irrésistiblement malgré l’effroi, évoquant un charme puissant et une beauté transcendante.
(C’est dans le chapitre 2, « Le numineux », et dans les chapitres suivants détaillant ses composantes (chapitres 4 et 7 notamment), que le concept est exposé avec précision.)
Carl Gustav Jung (1875-1961) a effectivement repris et utilisé le concept de manière centrale, mais il l’a réinterprété en le déplaçant du domaine de la théologie vers celui de la psychologie analytique.
La Reprise et la Réinterprétation du Concept par Jung
Jung a reconnu l’importance du concept d’Otto et l’a intégré dans son cadre théorique, mais il l’a transformé en le rattachant à l’inconscient collectif :
1. Le « numineux » chez Rudolf Otto (Source)
Pour Otto, le numineux est une réalité objective et transcendante : l’expérience affective et irrationnelle du sacré (le Tout Autre), qui provoque simultanément la terreur et la fascination (Mysterium Tremendum et Fascinans). Le numineux est l’essence non rationnelle de la Divinité.
2. Le « numineux » chez Carl Gustav Jung (Réinterprétation)
Jung a repris le terme pour décrire l’expérience d’une intensité émotionnelle et psychique irrésistible qui saisit le sujet.
L’origine du Numen : Jung psychologise l’origine du numineux en affirmant qu’il est la manifestation de la force dynamique et de l’énergie des archétypes de l’inconscient collectif.
L’expérience archétypale : pour Jung, l’expérience du numineux se produit lorsque l’énergie d’un archétype (comme l’Ombre, l’Anima/Animus, ou surtout le Soi) est activée dans la conscience. C’est l’archétype du Soi – l’archétype de la totalité psychique et du centre organisateur de la personnalité – qui est l’archétype le plus puissant et le plus susceptible de provoquer une expérience numineuse.
Fonction Psychologique : dans le processus d’individuation (la réalisation de la totalité du Soi), l’individu doit faire face à ces forces numineuses. L’effet de l’expérience numineuse est de transformer le sujet, de lui donner un sens et une orientation, mais elle peut aussi être déroutante, car elle menace l’ego.
En résumé, Otto voit le numineux comme la manifestation de Dieu ; Jung le voit comme la manifestation d’une force psychique archétypale. Jung n’a pas réinterprété la qualité de l’expérience (qui reste terrifiante et fascinante), mais il a réinterprété son origine en la déplaçant du plan théologique au plan psychologique.
